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N° 9 Corps en guerre (imaginaires,idéologies, destructions) – tome 2
240 pages, illustré, couleur, 15 € (port compris)
Intégralité du numéro en ligne, voir sommaire ci-dessous.

Pour les stratèges militaires, les corps combattants constituent des objectifs mous, ou des cibles tendres, à neutraliser avec efficacité. Les civils, eux, subissent de plein fouet les violences de guerre : bombardements stratégiques, épurations, embargos, destructions économiques, dommages collatéraux...
Le corps de l'ennemi, façonné par des idéologies haineuses, focalise des dégoûts, des exécrations, des peurs et un racisme, qui favorisent la tuerie et confortent le geste exterminateur.
Mais les corps en guerre sont aussi des corps enrégimentés, galvanisés, pour monter à l'assaut, formés aux techniques de l'élimination physique, fanatisés jusqu'au sacrifice, tous enrôlés pour tuer.
Ces volumes de Quasimodo analysent le traitement des corps dans les opérations guerrières, les actes terroristes et les massacres génocidaires.

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Sommaire

Frédéric Baillette
Luc Capdevilla et Danièle Voldman
Thierry Hardier et Jean-François Jagielski
Martine Lefeuvre-Déotte
Georges Yoram Federmann
Didier Herlem
Sidi Mohammed Barkat
Pierre Tévanian
Stéphanie Latte Abdallah
Karima Guenivet
La Esméralda
Emplettes bibliographiques

Autres textes disponibles sur le web, pour prolonger la réflexion

Evelyne Desbois
Didier Bigo
Daniel Hermant

Dans la presse

Thierry Guichard, Le Matricule des Anges, n° 69 janvier 2006

L’horreur passée en revue

En deux livraisons, la revue Quasimodo explore les atrocités des guerres à travers le prisme du corps. Dénonciatrice implacable, la revue pratique l’autopsie précise de nos rêves d’humanisme.


Il devrait être recommandé de ne pas lire les deux volumes de la revue Quasimodo consacrés aux «Corps en guerre » d’une seule traite. Le lecteur boulimique s’exposerait aux cauchemars, à la nausée, et probablement à la paranoïa. C’est que la revue, spécialiste de l’étude du corps dans nos sociétés, ne nous épargne rien des horreurs commises pendant les conflits, anciens ou récents : meurtres, viols, tortures, massacres, génocides. Ni des stratégies, des politiques d’extermination et des pratiques scientifiques qui visent à éliminer, détruire, saccager. Quasimodo n’explore pas seulement l’imagerie populaire du corps de l’ennemi, du soldat, du disparu. Sous la direction de Frédéric Baillette (enseignant dans le civil), la revue multiplie réflexions et informations sur l’utilisation, la négation, l’élimination, la transformation des corps avant pendant ou après une guerre. Appuyées par une iconographie foisonnante due pour une bonne part à la production artistique récente, les contributions abordent l’Histoire, la sociologie, la philosophie, la politique, la psychologie. Et, surtout, l’information. Ce travail, titanesque, devrait être donné en exemple à tous ceux qui veulent faire métier de journaliste, à ceux qui prétendent penser l’influence des médias, à ceux, enfin, qui ne se contentent pas des communiqués ou des silences officiels. Il y a quelque chose de Michaël Moore dans les articles de Frédéric Baillette, la légèreté en moins, l’implacable rigueur en plus. Quasimodo rétablit des vérités que la vulgate avait tendance à oublier. Ou à ignorer…

Documenté en diable, le directeur de la publication propose une énumération des armes utilisées pour détruire, en priorité, les populations civiles et plus souvent les enfants. Armes terribles dans ce qu’elles sont : telles la BLU-28B, la plus grosse bombe conventionnelle, utilisée par les Américains contre les Irakiens et les Talibans : « Conçue pour exploser à un mètre du sol, afin de minimiser l’effet cratère et de maximaliser l’effet de souffle, elle génère une surpression de 50 à 700 tonnes par mètre carré autour du point d’impact ».

Armes terribles par ce qu’elles disent de ceux qui les conçoivent et les emploient : l’éreintage de l’Irak, programmé sous Bush 1er, se traduisit par la première guerre d’Irak., tellement plus meurtrière que ce qu’on en a dit, se poursuivit avec l’embargo dont les conséquences étaient prévues par la Defense Intelligence Agency : « Le document envisageait le délabrement attendu de l’état de santé de la population dans les deux, trois mois suivants, déclinant cyniquement, par « ordre décroissant », les « infections les plus probables : diarrhées aiguës (particulièrement chez les enfants) ; maladies respiratoires aiguës (influenza) ; typhoïde, hépatite A (particulièrement chez les enfants) ; rougeole, diphtérie et coqueluche (particulièrement chez les enfants) ; méningite, incluant méningite cérébro-spinale (particulièrement chez les enfants) (…) »
Tuer les enfants, c’est atteindre l’opinion publique. Mais s’il s’agit d’abattre toute résistance chez l’ennemi, il convient de ne pas réveiller les consciences chez soi. Dès lors, la propagande largement diffusée par les médias, visera à légitimer une action militaire présentée comme juste, amicale, humanitaire presque… Laurent Gervereau étudie le rapport que la guerre entretient avec l’image. De la Première Guerre mondiale à la guerre d’Irak en passant par la guerre civile espagnole, son étude débouche sur une certitude : « la guerre de l’information ne cessera pas. » Sur ce registre, Quasimodo excelle à montrer comment les politiques agissent sur les consciences pour créer les conditions de la guerre, du rejet de l’autre, du sacrifice de soi-même.
Impossible de résumer le contenu de ses deux numéros qui pèsent lourd. On invitera le lecteur à lire la contribution de Jean-Yves Le Naour sur la « honte noire » ; l’étude de Luc Capdevilla et Danièle Voldman sur le sort des cadavres en temps de guerre ; celle sur les corps disparus de la dictature argentine par Martine Lefeuvre-Déotte, les notions de « corps d’exception » proposées par Pierre Tévanian.
Imposants et roboratifs, ces deux numéros ne rendent pas joyeux, mais ils interdisent qu’on dise plus tard : « on ne savait pas. » Leur lecture n’en est que plus nécessaire.